À Biarritz, tout le monde connaît le phare. Dressée au-dessus de l’océan Atlantique, sa silhouette blanche domine la côte basque depuis près de deux siècles. Mais beaucoup moins de personnes savent que sous cet édifice emblématique et dans les falaises du cap Saint-Martin se cache un étonnant monde souterrain : les grottes du phare de Biarritz.
Longtemps entourées de récits mystérieux et aujourd’hui très difficiles d’accès, ces cavités naturelles ne relèvent pourtant pas uniquement de la légende. Des recherches archéologiques ont démontré qu'elles avaient été fréquentées par l'homme il y a plusieurs milliers d'années.
Un patrimoine méconnu qui change complètement le regard que l’on porte sur l’un des paysages les plus célèbres de Biarritz.
Sous le phare de Biarritz, d’impressionnantes falaises
Depuis le pied du cap Saint-Martin, les énormes masses rocheuses qui soutiennent le phare offrent un spectacle impressionnant.
Battues par les vagues et les tempêtes du golfe de Gascogne, elles semblent parfois former les fondations naturelles du monument. Lorsque la houle est forte, l’écume s’engouffre entre les blocs et les anfractuosités de la falaise avant de jaillir plusieurs mètres plus haut.
Mais ce paysage spectaculaire dissimule une particularité beaucoup moins visible : la roche est percée de cavités et de galeries naturelles.
La grotte du Phare étudiée par les archéologues s'ouvre dans la falaise du cap Saint-Martin, à quelques mètres au-dessus du niveau de l'océan. D'autres cavités sont également connues autour du promontoire.
Le réseau que nous pouvons encore observer aujourd'hui ne serait d'ailleurs qu'une partie de ce qui existait autrefois. Pendant des millénaires, l'érosion marine a progressivement fait reculer la falaise et probablement détruit une partie des anciennes galeries.
La construction du phare confrontée aux cavités du cap Saint-Martin
L'histoire du phare lui-même est directement liée à cette géologie particulière.
Le projet d'installer un grand phare sur le cap Saint-Martin est élaboré dans les années 1820. Les travaux commencent à la fin de cette décennie et le phare entre en service en 1834.
Mais avant d’élever la tour, les ingénieurs doivent s'assurer que le sous-sol pourra supporter un monument de cette importance.
Les sondages réalisés dans le calcaire du cap révèlent alors la présence de cavités susceptibles de fragiliser l'assise de l'ouvrage.
Un problème évidemment considérable : comment construire un phare de plusieurs dizaines de mètres de hauteur sur un sous-sol partiellement creux ?
Les constructeurs doivent donc réaliser d'importants travaux de fondation afin d'assurer la stabilité du monument.
Près de deux siècles plus tard, le phare est toujours là, dominant l'océan à plus de 70 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Des grottes connues depuis très longtemps
Les cavités situées sous le cap Saint-Martin ne constituent pas une découverte récente.
D'anciens récits et documents évoquent déjà l'existence de grottes sous le phare. Certaines semblent même avoir été fréquentées par les pêcheurs de Biarritz.
Mais leur véritable importance apparaît surtout grâce aux recherches archéologiques.
Des fouilles ont été effectuées dans la grotte du Phare dès la fin du XIXe siècle. Au XXe siècle, les travaux de l'archéologue Claude Chauchat ont permis de mieux comprendre l'histoire du site.
En 1984, celui-ci publie dans le Bulletin de la Société préhistorique française une étude intitulée « La grotte du Phare à Biarritz, premiers résultats ».
Et les découvertes sont particulièrement intéressantes.
Des Biarrots vivaient ici il y a plusieurs milliers d'années
Les recherches archéologiques ont établi que la grotte du Phare avait été occupée à différentes périodes de la Préhistoire récente, notamment au Chalcolithique — l'âge du Cuivre — puis à l'âge du Bronze.
Autrement dit, des hommes fréquentaient déjà ce promontoire dominant l'Atlantique plusieurs millénaires avant la construction du phare.
Les différentes campagnes de fouilles ont livré une quantité considérable de vestiges.
Au total, plus de 10 000 objets et fragments archéologiques auraient été découverts au cours des différentes recherches menées depuis la fin du XIXe siècle : fragments de poteries, ossements, éléments de parure et autres témoignages de la vie quotidienne.
Ces découvertes donnent une tout autre dimension aux grottes.
Bien avant les élégantes villas, les hôtels de la Belle Époque, les bains de mer et l'arrivée des premiers touristes, des populations préhistoriques connaissaient déjà ce promontoire aujourd'hui devenu l'un des symboles de Biarritz.
Un réseau souterrain plus important autrefois ?
La géologie du cap Saint-Martin laisse également entrevoir un autre mystère.
La grotte étudiée par Claude Chauchat pourrait n'être que le vestige d'un réseau beaucoup plus vaste.
Les calcaires présents sous le cap sont favorables à la formation de cavités. L'archéologue signalait ainsi l'existence de plusieurs autres grottes autour du cap Saint-Martin.
Mais il faut surtout imaginer que le paysage était très différent il y a quelques milliers d'années.
La falaise actuelle est continuellement attaquée par l'océan. Tempête après tempête, le trait de côte recule et certaines parties du réseau souterrain ont probablement disparu.
Des galeries qui se trouvaient autrefois profondément enfouies sous le plateau peuvent donc aujourd'hui déboucher directement sur l'Atlantique.
Et d'autres cavités pourraient encore subsister derrière la falaise.
Les mystérieux aménagements des grottes du phare
À ces découvertes scientifiques s'ajoutent des récits beaucoup plus difficiles à vérifier.
Il y a plusieurs décennies, deux explorateurs ayant pénétré dans certaines cavités m'avaient ainsi raconté leur étonnante aventure.
Selon leur témoignage, ils auraient découvert plusieurs salles aux dimensions importantes et auraient aperçu des concrétions calcaires, avant de renoncer à poursuivre leur progression dans certaines galeries.
Mais un détail les avait particulièrement frappés.
Ils affirmaient avoir observé des niches et des sortes de sièges aménagés directement dans la roche.
Ces éléments auraient-ils réellement été façonnés par l'homme ? À quelle époque ? Et dans quel but ?
En l'absence d'étude archéologique permettant de dater précisément ces aménagements, la prudence reste indispensable.
Mais ces témoignages ont largement contribué au mystère entourant les grottes du phare de Biarritz.
Les grottes ont-elles servi de refuge aux habitants de Biarritz ?
Une hypothèse régulièrement évoquée veut que certaines cavités aient pu être utilisées beaucoup plus tard comme refuges.
Au Moyen Âge, les populations du littoral du Pays basque ont connu différentes périodes d'insécurité et les côtes du golfe de Gascogne ont notamment été exposées aux incursions maritimes.
De là est née l'idée que des habitants de Biarritz auraient pu se cacher dans les grottes du cap Saint-Martin lors de périodes dangereuses.
La tradition locale évoque notamment les incursions normandes.
L'image est séduisante : des familles abandonnant précipitamment leurs habitations pour rejoindre des cavités connues uniquement des habitants, invisibles depuis le plateau et difficiles à atteindre depuis la mer.
Mais aucune preuve archéologique connue ne permet aujourd'hui d'affirmer que les grottes du phare ont effectivement servi de refuge contre les Normands.
Il faut donc distinguer ce que l'archéologie a démontré de ce qui appartient encore aux traditions et aux hypothèses locales.
Une occupation humaine vieille de plusieurs millénaires
Et finalement, la réalité révélée par les archéologues est peut-être encore plus fascinante que la légende.
Nous savons désormais que des hommes ont fréquenté ces grottes il y a plusieurs milliers d'années.
Pourquoi avaient-ils choisi cet endroit ?
Le cap offrait-il déjà un remarquable poste d'observation sur l'océan ? Les cavités servaient-elles d'habitat temporaire, de lieu de stockage, d'abri ou avaient-elles une fonction particulière ?
Les objets découverts permettent progressivement de reconstituer une partie de leur histoire, mais de nombreuses questions demeurent.
Une certitude subsiste néanmoins : l'histoire humaine du cap Saint-Martin est infiniment plus ancienne que celle du phare qui le couronne aujourd'hui.
Un patrimoine invisible sous l'un des monuments les plus connus de Biarritz
C'est sans doute ce qui rend les grottes du phare aussi fascinantes.
Chaque jour, habitants et visiteurs se promènent sur l'esplanade du phare, admirent la Grande Plage, la côte d'Anglet, les Pyrénées et l'immensité de l'océan.
Très peu imaginent ce qui se trouve quelques mètres sous leurs pieds.
Sous ce paysage emblématique du Pays basque subsistent des cavités façonnées par l'eau pendant des milliers d'années, puis fréquentées par les hommes bien avant la naissance de Biarritz telle que nous la connaissons.
Certaines ont été étudiées. D'autres restent difficiles à atteindre. Une partie du réseau a probablement disparu sous les assauts de l'Atlantique.
Et d'autres secrets dorment peut-être encore dans la roche.
Près de 4 000 ans d'histoire humaine nous séparent de certains occupants de ces cavités. Au-dessus d'eux s'élève désormais l'un des monuments les plus photographiés de la côte basque.
La prochaine fois que vous vous promènerez autour du phare de Biarritz, regardez donc attentivement les falaises.
Sous vos pieds se cache une autre histoire de Biarritz. Une histoire beaucoup plus ancienne, presque invisible, dont nous sommes encore loin de connaître tous les secrets.





